Aujourd’hui, le sucre est partout, visible ou non. Et bien qu’il fut un temps où le sucre était réservé à l’élite, son accessibilité n’est maintenant plus un problème. Résultat : la consommation de sucre sous toutes ses formes a augmenté partout, au sein de toutes les populations du monde.
Étonnant, tout de même, quand on pense que le sucre est un des seuls aliments dont nous n’ayons pas besoin pour son apport nutritionnel.
Le sucre, un aliment plaisir
Le sucre est donc consommé uniquement pour le plaisir que cela nous procure. C’est d’ailleurs exactement pour ça qu’on le retrouve, caché, dans certains aliments qui nous apparaissent à première vue non sucrés, comme le beurre d’arachide et la sauce tomate. Le seul objectif des fabricants est d’en améliorer le goût… et de séduire notre cerveau.
Des papilles au cerveau
La science a démontré que quand on mange du sucre, ce sont les zones de la récompense et de la motivation qui sont activées dans notre cerveau. Pas surprenant, alors, que les rages de sucre surgissent en période d’ennui, de stress ou désarroi
Le goût du sucre pourrait même être inné, car cette réaction cérébrale est observée dès la naissance. Dans les hôpitaux français (faudrait voir si on fait de même au Québec), de l’eau sucrée est administrée à titre d’analgésique à des nouveaux-nés qui doivent subir une ponction lombaire. Donc qu’on le veuille ou non, nos papilles, notre corps et notre cerveau aiment le sucre… et en redemandent.
Le sucre, une drogue?
Ce qui stimule les recherches – encore peu nombreuses – à l’égard de la dépendance au sucre, c’est que son effet sur le cerveau est similaire à celui des drogues dures comme la cocaïne (les mêmes zones sont activées lors de la consommation). Des études sur des rats ont même démontré que ceux-ci préfèrent le sucre à la cocaïne. Et un rat qui est habitué à un régime très sucré présentera des symptômes de manque si on le prive tout à coup de sucre. Ce pourrait-il donc que la population de la terre soit dépendante au sucre, et ce perpétuellement, depuis des générations?
Certains clament que ce serait tout médicaliser, et d’autres – surtout des gens souffrant de maladies chroniques comme le diabète et l’obésité ayant essayé d’arrêter le sucre – parlent réellement de sevrage et de désintoxication.
Le sucre et la santé…
Le sucre est-il à ce point nocif pour la santé qu’il faille s’en sevrer complètement? En fait, consommé ça et là, il n’est probablement pas plus dangereux que n’importe quel autre aliment, mais c’est la consommation excessive et chronique qui inquiète. En effet, le sucre serait relié à plusieurs maladies chroniques dont certains types de cancers, l’obésité et le diabète. Le mot d’ordre est donc, comme dans toute autre chose : modération.
Le problème, c’est qu’on consomme souvent beaucoup plus de sucre que ce que l’on croit, dû à l’ajout de dérivés (fructose, glucose, etc.) dans plusieurs aliments transformés ou préparés du commerce. Il est donc important d’être vigilant et de contrôler sa consommation de sucre afin d’éviter le cercle vicieux : plus on consomme de sucre, plus il est recommandé de diminuer sa consommation, mais paradoxalement, plus c’est difficile d’y arriver.
Diminuer le sucre : mission impossible?
Bien qu’elles proposent des pistes intéressantes, ces études qui suggèrent une dépendance généralisée au sucre sont encore récentes et on ne peut faire un lien aussi direct entre les comportements des rats et ceux des humains.
Toutefois, si vous voulez diminuer votre consommation de sucre et celle de vos enfants, c’est possible et pas trop compliqué.
Voici quelques trucs à appliquer au quotidien :
- Achetez moins d’aliments du commerce et préparez vous-mêmes vos sauces tomates, vinaigrettes, muffins, desserts et même vos yogourts en contrôlant la quantité de sucre qui entre dans la préparation.
- Dans vos recettes de pains, muffins et gâteaux, remplacez une partie du sucre dans vos recettes par de la compote de pommes non sucrée.
- Choisissez des versions non sucrées lorsque disponibles en épicerie, par exemple pour le beurre d’arachide (naturel), la compote de pommes, etc.
- Assurez-vous par contre que ce n’est pas une version sans sucre dans laquelle on a ajouté un édulcorant artificiel pour simuler le goût et manipuler le cerveau.
- Servez des desserts à base d’aliments sucrés naturellement (comme les fruits!) et inverser le ratio fruits/sucre. Par exemple, au lieu de servir un gâteau avec coulis de fraise, servez des fraises avec du yogourt nature et un carré de chocolat.
- Récompensez-vous avec autre chose que de la bouffe (sucrée ou grasse). Offrez-vous un gadget, un morceau de vêtement, une activité spéciale, un massage ou une nouvelle paire d’espadrilles pour stimuler la zone de récompense et de motivation de votre cerveau sans calorie!
SOS rage de sucre :
- Utilisez votre imagination : prenez deux minutes et fermez les yeux. Respirez et imaginez quelque chose de complètement différent, comme un arc-en-ciel, un cours d’eau ou une forêt d’épinettes. Votre désir compulsif risque de s’atténuer et vous pourrez ensuite évaluer si vous avez réellement faim. Si oui, optez pour une collation santé et pas trop sucrée.
- La technique de la visualisation : Si vous sentez votre volonté flancher, imaginez-vous en train de refuser l’aliment convoité. Par exemple, imaginez-vous marcher la tête haute et sans vous arrêter devant le kiosque à crème glacée ou refuser le sourire aux lèvres le dessert que vous offre le serveur au restaurant. Le sentiment de fierté, de vitalité et de maîtrise de votre alimentation que vous procurera cette image mentale entraînera le même niveau de satisfaction que l’aliment sucré.
- Brossez-vous les dents et sortez prendre une marche.
En terminant, souvenez-vous de ne pas trop vous priver. Savourez un dessert maison chaque jour, commandez un dessert au restaurant le jour de votre anniversaire et offrez-vous une crème glacée le premier jour de canicule, l’objectif est de vaincre la dépendance et de rétablir l’équilibre, pas d’éliminer de votre vie un de ses plaisirs les plus simples.
Sur ce, bonne St-Valentin!
*Source : Revue La Recherche, Juillet-Août 2010




