Bonne bouffe, mal bouffe et zones grises

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Un de mes anciens collègues est marocain et il m’a raconté que ce qui l’a le plus surpris, au Québec, c’est que les tablettes de chocolat coûtent moins cher que les baguettes de pain. 2 pour 1$ contre quoi, 1.99$ à 2.99$? Et ça c’est si j’exclue la baguette blanche remplie d’air à 99 cents. Mais encore, la Kit Kat du Dollarama demeure plus abordable.

C’est un non-sens dont on ne se surprend plus, ici, mais c’est précisément le cœur du débat de la taxe sur la malbouffe. Si vous êtes comme moi, vous vous dites que c’est une évidence : « si on veut vaincre les maladies chroniques, l’obésité et les problèmes de santé, taxons les cochonneries et utilisons cet argent pour arrêter de faire grimper chaque année le prix du deux litres de lait*), non? »

Mais il semble que ce ne soit pas aussi simple que ça…

Rien de tout noir, ni de tout blanc

Les commerçants et les géants des boissons gazeuses d’un côté, les nutritionnistes de l’autre. Chacun a son opinion… et certains ont leur nombril à défendre. Partout, à l’international comme au Québec, les gouvernements jonglent avec cette réalité :

« Peu importe avec qui on discute de cette idée [...] «la première question consiste à identifier ce qu’est un aliment sain. La deuxième question est de savoir qui détermine ce qui est sain. Ce sont des questions en apparence assez simples qui appellent des réponses simples, mais la tâche n’est pas si facile. »

Malgré qu’on puisse reconnaître que certains aliments possèdent une faible valeur nutritive, plusieurs, dont les nutritionnistes, stipulent qu’il n’y a pas de mauvais aliment, que de mauvais régimes alimentaires. En d’autres mots, n’importe quel aliment peut faire partie d’une alimentation saine, en autant qu’on le consomme en quantité appropriée. Et à mon avis, c’est probablement la façon la plus saine de voir les choses.

Gare aux extrêmes

Aujourd’hui, tout se peut. Il existe autant de régimes alimentaires que de religions et même que les comportements des adeptes de régimes extrêmes ressemblent souvent drôlement à ceux des adeptes d’une secte. Et ils m’effraient tout autant.

C’est prouvé que les extrêmes d’apparence « saine » : régimes détox, liquides ou encore ceux qui demandent d’exclure complètement un type d’aliment sont eux aussi nocifs pour la santé, quoique différemment. En plus, faire une fixation sur notre assiette, c’est comme ouvrir une porte aux troubles alimentaires. Est-ce que taxer la malbouffe risque de créer cet effet d’obsession des aliments sains et créer un autre type de déséquilibre?

Et dites-moi, où tracerons-nous la ligne entre les aliments sains et malsains? Est-ce que la taxe finira pas toucher le lait au chocolat, les biscuits, la viande et les fromages? C’est tout ça qui est étudié.

Quand la malbouffe prend toute la place

Bien sûr, l’objectif de la taxe serait (en plus de renflouer les finances publiques), d’aider ceux pour qui la malbouffe constitue la plus grande part de leur alimentation quotidienne.  C’est-à-dire principalement les jeunes, qui carburent aux boissons énergisantes, aux bonbons et autres aliments à faible valeur nutritive, et les pauvres.

Dans les rapports que j’ai lus, c’est un sujet un peu tabou, mais c’est néanmoins un fait connu qu’il se consomme plus de malbouffe et qu’il y a plus d’obèses dans les foyers à faibles revenus. Donc pour éviter qu’ils se tournent vers la malbouffe, il faut non seulement augmenter le prix, mais leur donner des alternatives, et les éduquer.

C’est pourquoi tous les gouvernements, dans leurs projets de lois, prévoient accompagner la taxe d’une campagne d’éducation grand publique. Parce que si le deux litres de Pepsi coûte plus cher, il se peut que les consommateurs le remplacent par du jus en poudre tout aussi sucré, et pas par du lait 1%. Et si la taxe touche uniquement les boissons régulières, ce sera bien facile d’attraper la version diète sur la tablette d’en dessous. 1 point contre l’obésité, certes, mais 0 pour la valeur nutritive.

Complexe, quand même, non?

À mort la malbouffe… ramenons le cours d’éducation familiale?

Est-ce vraiment réaliste de demander aux gens de ne plus jamais toucher à la malbouffe? Après tout, les gens consomment la malbouffe parce que c’est facile et abordable, mais aussi parce qu’ils en aiment le goût. Et manger sainement, ça veut aussi dire se permettre de manger nos aliments plaisirs préférés de temps à autres.

Par contre, là où je dis à mort la malbouffe, c’est dans les écoles et les garderies. Parce que l’éducation est une grosse partie de la solution. Et pourtant, la règle à enseigner n’est pas trop difficile : manger moins et remplir plus de la moitié de son assiette avec des aliments qui viennent des plantes. Est-ce que ça veut dire qu’on devrait ramener les cours d’éducation familiale (avec un autre nom, svp) dans les écoles? C’est un autre débat, mais selon Adam Drewnowski, directeur du Centre de recherche sur l’obésité à l’Université de Washington, (cité dans La Presse***) : « Savoir cuisiner est la meilleure arme contre l’obésité. »

Sortons donc nos chaudrons.

Et si vous avez des enfants, demandez-leur de mettre la main à la pâte!

D’ailleurs, je suis curieuse :

Est-ce quelque chose que vous faites déjà?

Toujours, souvent, trop rarement?

Trouvez-vous ça difficile de délaisser la malbouffe? Est-ce qu’une taxe vous aiderait à y arriver?

* En passant, il a augmenté de 20% en 5 ans. Source : http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201002/15/01-950008-qui-paiera-la-taxe-sur-les-boissons-gazeuses.php)

**  Source : Définition des aliments « sains » : Analyse environnementale de la situation canadienne Janvier 2010, Santé Canada.

*** L’article est disponible ici (http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201002/15/01-950008-qui-paiera-la-taxe-sur-les-boissons-gazeuses.php)

Autres sources :

http://www.ledevoir.com/societe/200525/la-taxe-sur-la-malbouffe-est-de-nouveau-au-menu

http://www.ledevoir.com/societe/consommation/269257/taxer-la-malbouffe-aiderait-les-quebecois-a-perdre-du-poids

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